Le retour d’un sourire
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L’avion ramenant Florence Aubenas s’est posé peu après 19h15 sur l’aéroport militaire de Villacoublay • Emotions et premières vannes •
Par Ludovic BLECHER et Judith Rueff (à Villacoublay)
12 juin 2005 (Liberation.fr - 20:42)
L’avion ramenant Florence Aubenas s’est posé peu après 19h15 sur l’aéroport militaire de Villacoublay. Derrière la vitre du salon d’honneur, tout le monde agite les mains : une vingtaine de membres du comité de soutien, des confrères de Libération. Au même moment, le chef de l’Etat suivi de la famille proche de notre journaliste et du directeur de la rédaction de Libération, Antoine de Gaudemar, quittent le petit salon et se dirigent sur le tarmac. Pull bleu, veste bleue, jean, Florence descend la première du Falcon 900, tout sourire. Et claque la bise à Chirac. Puis embrasse ses proches. Dans son sillage Serge July, le PDG de Libération sort de l’appareil.
Entrée dans l’aéroport, Florence s’entretient avec Jacques Chirac dans le petit salon. Philippe Douste-Blazy, le nouveau ministre des Affaires étrangères, arrive dans le salon d’honneur attenant : « Elle est en pleine forme, toujours aussi impertinente », dit-il. 19h24 : le chef de l’Etat entre à son tour. Salue Christian Chesnot et Georges Hansen, deux anciens otages et les fait entrer dans le petit salon.
Encore quelques secondes et une Florence amaigri, les traits tirés fait son entrée dans le salon d’honneur. Applaudissements, vivats, embrassades. Puis cette déclaration improvisée de quelques minutes pleine d’humour, de santé, de vivacité, devant les journalistes : « Bonjour tout le monde (...) Je voulais parler de tous ceux à Toulouse, à Lille, les Français, les Françaises, les présidents, les ministres, les journalistes, les enseignants, tous ceux qui m’ont permis d’être là aujourd’hui et d’être de retour en France. Merci à tous. Là, je ne sais pas pourquoi, je me sens bien ».
« Ma détention ? On fait comme on peut. J’étais dans une cave avec Hussein, des conditions sévères comme vous pourrez en juger. On a prévu une conférence de presse mardi matin si ça vous va. (...) On attendra la conférence de presse pour parler du rôle de Didier Julia. »
« Il m’est un arrivé un drôle de truc. Une fois, les preneurs d’otages qui me trouvaient déprimés m’ont dit : “On va te montrer la télévision“. Et comme chacun sait, la télévision ça remonte le moral. Ils m’ont délié les mains et les pieds pour que la fête soit totale, soulevé un peu le bandeau (posé sur ses yeux) pour voir l’écran. J’ai regardé, c’était TV5. Il y avait une présentatrice qui était là (...) et je vois en dessous une bande qui défile et je me dis “tiens c’est un bon signe pour moi, cette fille, elle s’appelle Florence Hussein“. Je me suis dit que j’allais peut-être avoir droit à une double ration de vache qui rit et une deuxième bouteille d’eau. Derrière, je vois un chiffre : 140. Au bout d’un moment, je comprends que Florence Hussein, c’est de moi dont ils parlaient et 140, c’est 140 jours (de détention). Là, je vous assure, (alors que) je suis la première à rigoler des concerts de soutien, la première à ne pas aller aux manifestations, quand on voit ça, je regrette de tout cœur de ne pas en avoir fait plus. La prochaine fois que vous avez une manifestation, j’irai, je le promets parce qu’on est tellement content quand on voit ça accroupi par terre. »
« Ma libération ? J’ai été enlevée le 5 à midi, le 5 au soir je pensais sortir. Le 6 puis le 7 au soir aussi et c’était comme ça tous les jours. » (...) « On m’a dit samedi midi [hier] : “c’est fini”. Je suis passée du jogging informe à des fringues normales. On m’a filé un peu de thé. On m’a dit vous reprendrez bien du poulet. J’ai compris ».
Tournant le dos aux caméras, Florence retrouve sa famille, ses amis de Libération, du comité de soutien. Dix minutes à blaguer, vanner. Extraits. Alors que quelqu’un remarque qu’elle « parlait tout le temps dans l’avion », elle réplique : « C’était pareil avec les ravisseurs, ils ont payé pour que les Français me reprennent ». Elle raconte aussi que dans le premier avion, le pilote lui a proposé de prendre le manche. Elle lui répond : « Non, c’est pas ma période ». Elle rapporte aussi qu’« un jour, un preneur d’otage lui a dit : “Je vais vous rendre aussi connue que Lady Di“ ». Florence : « Oh non pas elle ». Une autre perle, alors qu’elle s’entretien avec un proche au téléphone : « Le stage dététique et aventure au pied de la cité de Babylone, c’était top. Il me manque une petite épilation et c’est bon pour l’été. »
A ses proches, Florence a aussi indiqué que la première fois où elle a eu écho de la mobilisation (avant de voir TV5, NDLR), c’était une déclaration de Robert Ménard (le secrétaire général de Reporters sans frontières) qui disait que la mobilisation n’était pas très forte. Elle a fait « gloups ».
Florence vient de repartir avec sa famille, en hélicoptère vers une base de la DGSE pour un débriefing, des examens de santé et de longues heures de repos. Elle tiendra une conférence de presse mardi matin.
SUD Santé-Sociaux - Fédération Nationale

