Face à la politique du gouvernement
une mobilisation indispensable !
| Catégorie : Communiqués de presse | consulté 1817 fois | 0 commentaire(s)
Le nouveau gouvernement l’avait annoncé, il voulait agir vite. Le bilan des trois premiers mois de son activité est éloquent. Pas de coup de pouce au SMIC qui n’a été augmenté que du minimum légal de 2, 4 %, mais les salaires des ministres l’ont été de 70 %. Des emplois jeunes, certes en contrat à durée indéterminée (contrairement à ceux mis en place par le précédent gouvernement), mais sans aucune obligation de formation et avec une exemption totale des charges sociales, véritable cadeau au patronat. Des baisses d’impôt dont les bénéficiaires sont, pour l’essentiel, les
plus favorisés, les diverses hausses tarifaires de l’été touchant par contre la grande masse de la population. Une nouvelle vague de privatisations des services publics a été annoncée, notamment celle d’EDF/GDF, et les retraites sont dans le collimateur du gouvernement et du MEDEF. Enfin, des coupes sombres sont envisagées dans les effectifs de la fonction publique.
Bref, une politique pour la « France d’en h a u t » faite cyniquement par le chantre de la « France d’en bas ». L’autre face de cette politique c’est son volet sécuritaire. La répression a continué contre les militants syndicaux et associatifs. Les projets de loi préparés par les ministres de l’Intérieur et de la Justice remettent en cause des libertés fondamentales et visent à accentuer une justice à deux vitesses, l’une pour les riches, l’autre pour les pauvres. La jeunesse est stigmatisée comme délinquante et désignée comme un bouc émissaire. Dans cette situation, la responsabilité du mouvement syndical et de l’ensemble des forces du mouvement social est de préparer dès la rentrée les conditions d’une mobilisation unitaire.
Services publics : mettre un coup d’arrêt aux privatisations et aux déréglementations
Multiplicité des accidents dans les transports en Grande- Bretagne, pénurie régulière d’électricité aux Etats-Unis, fiasco économique et social dans les télécommunications pourtant présentées par les libéraux comme le modèle à suivre, les exemples ne manquent pas qui prouvent le bilan désastreux de la libéralisation des services publics. S’y rajoutent dans tous les cas des hausses de tarifs pour la grande masse de la population. Pourtant, les gouvernements veulent poursuivre et même accélérer les privatisations et les processus de déréglementation sans prendre en compte ces échecs et sans évaluation réelle. Le gouvernement Raffarin ne fait pas exception. Il a annoncé son intention de privatiser à terme les entreprises publiques intervenant dans un secteur concurrentiel, c’est-à-dire, de fait, toutes les entreprises. Les nouvelles entreprises notamment touchées sont EDF et GDF. Le risque est de voir se produire en France ce qui est arrivé aux Etats-Unis, sans compter les questions liées à la sécurité du nucléaire qui serait ainsi soumise aux exigences de rentabilité du secteur privé. Un collectif unitaire s’est constitué pour faire échec à ce projet. Il aura pour tâche d’alerter l’opinion publique et de préparer les mobilisations.
Premier round sur les retraites complémentaires
Les négociations sur les retraites complémentaires du secteur privé s’ouvrent le 3 septembre. L’objectif du patronat est clair : imposer une augmentation de la durée de cotisation ou une baisse du montant de la retraite complémentaire. Il s’agira ensuite pour lui d’étendre ces mesures à tous les régimes de retraites. Pour l’Union syndicale G10 Solidaires, il faut au contraire imposer au patronat que les entreprises augmentent leur participation financière afin d’assurer l’avenir de nos retraites. Alors que la richesse nationale ne cesse d’augmenter, il serait inouï que les salariés voient leurs droits à la retraite remis en cause. L’enjeu est donc décisif.
Augmenter notre pouvoir d’achat !
La part des salaires dans la richesse nationale ne cesse de baisser année après année. Ce processus doit s’inverser. Le gouvernement s’est engagé à unifier les différents SMIC issus de l’application des 35 heures. Cette harmonisation doit se faire par le haut et dans les délais les plus brefs. Il doit augmenter les minima sociaux et faire pression sur le patronat pour que des négociations salariales s’ouvrent dans les branches professionnelles.
Sécurité : une approche démagogique
Le gouvernement a fait de la sécurité une de ses préoccupations premières. A priori, rien de plus normal, le rôle de la puissance publique étant d’assurer la sécurité de la population. Avant d’en venir aux mesures proposées, remarquons d’abord que les procédures d’urgence utilisées pour faire adopter ces mesures par le Parlement ont empêché tout débat réel sur la question. Remarquons ensuite que l’exigence de sécurité ne se réduit pas à celle « des biens et des personnes », mais touche tous les aspects de la vie sociale, en particulier l’emploi et la possibilité de vivre décemment. Or, comment ne pas faire le lien entre la déstructuration urbaine et sociale que connaissent de nombreux quartiers et la montée de la délinquance ?
Alors que souvent le chômage et la précarité touchent deux générations, comment faire accepter des règles de vie commune à des personnes à qui tout espoir de vie meilleure a été enlevé. Or, le gouvernement fait totalement l’impasse sur cet aspect essentiel des choses. Les jeunes sont les premiers concernés par les dispositions gouvernementales. Sont d’abord créées de nouvelles sanctions pour les mineurs de 10 à 13 ans alors que ceux-ci sont déjà soumis à des mesures telles que la liberté surveillée, le placement en foyer ou la réparation. De plus, les mineurs pourront être placés en centre fermé et en détention provisoire en cas de fugue d’un tel endroit. Une mesure prévoit de punir de six mois d’emprisonnement l’outrage à enseignant, les assimilant aux policiers et aux gendarmes. Une telle disposition aura inévitablement pour conséquence de durcir les rapports avec les élèves dans les classes. De plus, quel enseignant acceptera de voir un gamin de 13 ans en prison pour quelques mots de trop ? De telles mesures - condamnées par tous les acteurs de terrain de la délinquance juvénile, les associations d’avocats et de magistrats -, visent à faire de la répression l’unique moyen de lutte contre les mineurs délinquants en les considérant comme responsables de leurs actes de la même manière que les adultes. Ces mesures sonnent le glas d’une conception de la lutte contre la délinquance des mineurs qui priorisait le travail rééducatif, inscrit dans la durée, placé sous l’autorité d’une justice spécialisée.
Odieuses sur le plan moral, ces dispositions seront de plus inefficaces car faisant l’impasse sur les causes sociales de la délinquance. Elles ne donnent aucune porte de sortie pour les jeunes concernés à qui le seul seul horizon offert devient le châtiment. Ainsi, une disposition prévoit de punir les familles, par la suppression des allocations familiales, d’enfants placés en centre fermé, faisant de la famille le responsable unique de la mauvaise éducation de l’enfant.
Oubliés là aussi le contexte économique, l’héritage culturel, haro sur les familles pauvres qui verront leur précarité encore augmentée ! Les autres dispositions sont du même acabit. Il en est ainsi de l’extension du témoignage anonyme (réservé auparavant aux grandes affaires criminelles et au terrorisme) aux délits punis de trois ans d’emprisonnement, ce qui correspond à la très grande majorité des faits réprimés par le Code pénal. Une telle évolution, qui risque de développer la délation, remet gravement en cause les droits de la défense basés sur une confrontation publique et contradictoire. La création des juges de proximité va dans le même sens. Sous cette appellation rassurante se cache en fait une justice au rabais basée sur l’accélération de la procédure de comparution immédiate pouvant permettre d’infliger de lourdes peines de prison en quelques semaines sur la seule base d’un dossier de police. Enfin, alors que la France détient en Europe le triste record de la durée de la détention préventive, il est encore prévu d’en augmenter les délais.
Dans le même temps, les poursuites contre la grande délinquance financière, contre les abus de biens sociaux commis par des responsables politiques et par des chefs d’entreprise semblent renvoyées aux oubliettes. La tentation existe de modifier la loi pour les faire bénéficier de la préscription. Il s’agit d’une instauration d’une justice à deux vitesses. Pour « la France d’en bas » l’abattage judiciaire par les juges de proximité, celle « d’en haut » n’ayant pas à s’en faire, la sécurité de ses profits étant bien assurée.
Politique économique, erreur d’analyse ?
La politique économique du gouvernement s’appuie sur trois éléments : baisse des impôts, baisse des charges sociales, flexibilité accrue du travail. L’objectif affiché est de relancer la croissance et, par conséquent, l’emploi. Le raisonnement est le suivant. Les baisses d’impôts sont censées permettre de dégager un surplus qui relancera la consommation, donc l’activité des entreprises, ce qui aura des conséquences positives à terme en matière d’investissement. La baisse des charges sociales, en faisant baisser le coût du travail, est censée favoriser l’emploi ainsi que l’accroissement de la flexibilité du travail. Ces préceptes libéraux ne sont pas particulièrement originaux. Ils ont été appliqués, avec plus ou moins de constance, par tous les gouvernements depuis un quart de siècle. Seul problème, ils ne produisent pas les effets annoncés. Et pour cause ! Les baisses d’impôts profitent essentiellement aux plus riches qui ne consomment pas le surplus dégagé mais, au contraire, augmentent leurs placements sur les marchés financiers. Elle ne sont donc pas un moteur de la croissance, mais un élément de spéculation de plus.Les entreprises préfèrent certes voir le coût du travail baisser - leurs profits n’en sont que plus confortables -, mais ce n’est pas ce qui les pousse à embaucher plus.Une entreprise n’embauche que si son carnet de commandes est plein et si elle est assurée que cela va se poursuivre. D’ailleurs, aucune étude économique n’a pu réellement mettre en évidence le lien entre les baisses des charges et l’emploi. La flexibilité du travail est très utile pour augmenter la productivité d’une entreprise, ce qui a des conséquences négatives sur l’emploi, surtout lorsque la croissance est faible. La persévérance dans l’application de ces préceptes,malgré des résultats en totale contradiction avec les objectifs affichés, est-elle simplement le fruit d’une incompréhension ? Leur mise en oeuvre a abouti à une croissance molle et à un chômage de masse avec pour corollaire l’augmentation considérable des profits et des inégalités. Est-ce un hasard ?
Fait à Paris, le 1er septembre 2002
SUD Santé-Sociaux - Fédération Nationale

